À travers nos interviews, nous cherchons à valoriser ceux qui soutiennent la consommation des énergies renouvelables, de part leurs actions à grande ou petite échelle. Ces acteurs de la transition énergétiques sont la preuve incarnée du potentiel et de la volonté de l’humain à palier le nucléaire, et c’est pour cette raison que nous souhaitons les mettre en lumière. Aujourd’hui nous partons à la rencontre d’un homme qui n’a pas hésité à bouleverser son quotidien et celui de sa famille, pour fonder leur propre mode de vie autour d’une consommation responsable grâce une maison complètement autonome.

Patrick Baronnet, consommateur d’électricité verte depuis 30 ans

En 1976, vous avez décidé de changer radicalement de mode de vie. Vous avez réussi à relever le défi de tout abandonner, de briser les règles du conformisme de la société de l’époque, pour devenir une famille éco-responsable. Quels sont les éléments qui ont fait que vous avez décidé de tout quitter pour construire votre mai-son autonome ? Quelles ont été les réactions de votre entourage suite à cette annonce ?

En réalité, nous n’avons pas tout abandonné. Mais nous avons bâti notre futur de façon à ce que notre choix de mode de vie soit en accord avec notre conscience. Pour notre famille, la notion d’écologie apparait justement comme un paramètre de mode de vie, de conscience et d’accom-plissement personnel.

Ma femme et moi-même avons commencé très tôt, vers l’âge de 20 ans, à réfléchir comment bâtir la vie que nous menons aujourd’hui. Pour les adultes de mon époque, l’écologie n’était pas quelque chose pris au sérieux, je dirais même qu’il s’agissait d’une des dernières de leurs préoc-cupations. J’ai toujours été outré par le fait que certaines personnes ne se demandent pas quel rôle elles ont à jouer en tant qu’habitant de notre planète. C’est pour cela que nous avons décidé, non pas de militer en faveur d’un nouveau mode de vie, mais de l’inventer et de le vivre.

L’opinion de notre entourage n’a jamais influencé nos décisions, mûries déjà depuis des années. Malgré les doutes et suspicions face aux résultats de notre projet de vie, nous avons tout fait pour ne pas nous marginaliser. La preuve, en 1979 lors de la journée du soleil, près de 1000 personnes sont venues visiter notre habitat.

Nous pouvons lire sur votre site internet que grâce à ce projet, vous réalisez une sorte «d’incarnation personnelle». En quoi la réalisation de ce projet y a t-il participé ?
C’est une interprétation très personnelle. Effectivement, je me suis toujours interrogé sur le sens de ma vie et mon rôle à jouer dans la société. D’un point de vue personnel, ce projet m’a effective-ment permis de vivre l’envie philosophique et utopique de la création d’un mode de vie, différent de celui qui est imposé par la société de consommation. J’avais conscience et connaissance des moyens et dispositifs techniques permettant la réalisation d’une maison autonome. Dans cette op-tique, je pense que la volonté de se réaliser prend le pas sur tous les autres paramètres, qui deviennent dès lors facultatifs.

Vous êtes également le co-auteur du film « Toucher terre » diffusé sur France 3. Pourquoi avoir fait le choix de la réalisation d’un film ? Quel est le message principal que vous avez voulu trans-mettre ?
Je pense que le film est un bon moyen de communiquer sur nos actions. Il nous permet de favoriser l’immersion au sein de notre mode de vie, qui est volontairement plutôt vulgarisé. Ma femme et moi-même souhaitions démystifier et dénoncer les stéréotypes du quotidien des acteurs de la transition énergétique.

Il faut savoir que d’autres films ont déjà été réalisés auparavant, tel que «Les champs de l’autonomie», disponible sur Youtube.

Quel est votre consommation énergétique annuelle ? Qu’est-ce que ces chiffres indiquent par rapport à celle des français en général ?
Nous consommons 1200 Kwh par an contre 5000 à 6000 Kwh pour la moyenne française. L’idée est de raisonner à l’inverse des producteurs et consommateurs, qui ne se posent pas la question de leur juste besoin en énergie. Notre consommation peut paraitre faible, mais elle correspond exactement à la quantité que l’on consomme, et qui est nécessaire pour subvenir à nos besoins. De ce fait, en consommant 3 à 4 Kwh par semaine, soit environ 7 fois moins qu’un français, en moyenne, nous avons pu conserver un mode de vie confortable.

Votre maison autonome dispose de panneaux photovoltaïques, de photopiles, d’un chauffe-eau solaire, d’une éolienne et d’un système de récupération des eaux pluviales. Avez-vous fait appel à des professionnels pour imaginer ce projet ? L’énergie produite vous suffit-elle pour conserver un mode de vie ordinaire?
Et bien non, nous n’avons fait appel à aucun professionnel pour imaginer et mettre en place notre projet. En réalité, et ce que les gens ignorent, c’est qu’agir de la sorte est à la portée de tous, en-core une fois, il s’agit seulement d’une question de volonté. Au niveau de l’électricité, j’ai moi-même tout mis au point. En revanche, pour ce qui est de l’eau, il est vrai que nous nous sommes retrouvés dans l’obligation de faire appel à des professionnels, notamment pour le transport et l’installation du matériel. Il faut préciser que, d’autant plus à l’époque, Internet n’existait pas en-core. Nous ne pouvions pas nous renseigner et communiquer sur ce que nous faisions, mais, comme vous pouvez le constater, cela n’a constitué en cas un frein dans l’élaboration de notre maison autonome.

Et étant donné que nous avons calculé la quantité nécessaire d’énergie pour subvenir à nos be-soins, nous avons conservé un mode de vie ordinaire, enfin pour la majorité, extraordinaire (rire).

Vous êtes également à l’origine de l’organisation des « éco-festivals ». D’où vous est venue cette idée ? Pourquoi et dans quel but?
Nous organisons des visites du écohameau assez régulièrement. Nous avons souhaité accueillir nos visiteurs de la façon la plus chaleureuse possible. Nous privilégions l’échange et le partage. C’est pour cette raison que les recevoir sur le ton de la fête nous a permis de créer une dimension de proximité avec eux, tout en leur faisant découvrir nos installations. C’est aussi un moyen de mettre en valeurs les artisans « écolo et locaux».

Lors de notre première édition en le 14 et 15 juin 1997, nous avons accueilli 5000 personnes, un chiffre qui a largement dépassé nos espérances, et ce, pour notre plus grand bonheur !

Quel est le principal avantage d’un habitant du écohameau ? Selon vous, lors des visites que vous organisez, quelle est la première impression qui se dégage dans l’esprit des participants ?
Les gens semblent être heureux et enthousiasmés, mais nous pensons qu’ils viennent avant tout à la rencontre des personnes qui en sont à l’origine, c’est-à-dire, ma femme et moi-même. Il existe une réelle dimension humaine dans nos rencontres. Nous favorisons la parole, l’échange, et la proximité grâce à une atmosphère détendue.

Vous avez réalisé de nombreuses installations qui prônent l’autonomie et la consommation d’énergie renouvelables. Que pensez-vous de la notion d’électricité verte ?
Je pense qu’il s’agit d’une bonne alternative pour ceux qui souhaitent participer progressivement à la transition énergétique. J’encourage évidement toutes les démarches qui prônent les énergies renouvelables, et les initiatives éco-responsable!