Ingénieur en énergie et environnement, Emmanuelle Bertho réalise des études et dispense des conseils en bâtiments basse consommation ainsi que la mise en œuvre de systèmes solaires et bois-énergie. Elle est cofondatrice et salariée de la Scop Énergies vertes et également active dans des réseaux tels que le CLER (réseau pour la transition énergétique) et négaWatt, dont elle est ambassadrice. Cette double compétence pratique et théorique globale lui permet de donner des formations. Nous vous proposons de rencontrer Emmanuelle Bertho, une femme aux multiples facettes.

Énergie et environnement: un engagement à tous les niveaux

Dotée d’une grande volonté à sensibiliser particuliers comme professionnels face à la transition énergétique, Emmanuelle Bertho s’engage à tous les niveaux. 

En quoi consiste votre métier ?Emmanuelle Bertho, ingénieur énergie et environnement
Le métier d’ingénieur en énergie et environnement peut être très large et difficile à décrire, mais il consiste principalement en la gestion de projet, de personnes, de production et de matières.

Quels sont vos principales missions et rôles au sein de la SCOP énergie verte?
Je vais m’occuper principalement de toute la partie études énergétiques, audit de rénovation énergétique pour maison individuelle, étude sur un réseau de chaleur, les rénovations globales de chantier (étanchéité à l’air, installation de chaudières, de poils à gratter et capteurs solaires). J’interviens également en formation initiale en master et licence pro sur la partie réglementation thermique, transition énergétique et rénovation énergétique des bâtiments.

Vous êtes également ambassadrice de l’association négaWatt. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?
L’association négaWatt est une association de personnes motivées par la transition énergétique depuis des années. Elle regroupe des professionnels et particuliers ayant pour objectif d’explorer le potentiel d’économie d’énergie. Nous l’avons appelée négaWatt en rapport avec la non-consommation d’énergie.

Pourquoi ce choix ? Et quel est votre rôle ?
Je partage les même valeurs que la société ! On travaille toujours mieux en équipe que seule, et c’est également intéressant d’être en contact avec des personnes qui sont dans le même domaine pour partager et avancer. On m’a proposé d’être ambassadrice bénévole ; cela consiste à présenter le scénario négaWatt dans les conférences ou interventions ponctuelles. J’ai donc bénéficié de formation avec les personnes ayant rédigé le scénario pour pouvoir le partager le mieux possible.  

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à rejoindre CLER et pourquoi ?
C’est assez proche des raisons pour lesquelles j’ai rejoint l’association négaWatt. CLER est un réseau de structure contrairement à négaWatt. J’ai rejoint CLER car c’était une structure que je connaissais dans mon ancien métier. J’ai travaillé dans des associations jusqu’en 2008, c’est une structure en laquelle j’ai confiance et qui, de mon point de vue personnel, fait du bon travail. C’est donc naturellement, même en tant qu’entreprise, que j’ai souhaité adhérer à ce réseau. Je fais partie de son conseil d’administration pour retrouver cette stimulation de travailler en groupe et de pouvoir apporter mes compétences à ce réseau qui a vraiment sa raison d’être. Malheureusement, je ne pourrais renouveler ma candidature au conseil cette année par manque de temps.

Seriez-vous prête à recommander et travailler avec une entreprise privée capable d’optimiser les factures énergétiques ? Est-ce que vous auriez par hasard l’idée de vous associer avec une entreprise qui s’occupe de la consommation d’énergie vertes ?
Je n’ai jamais envisagé cela. Il est vrai qu’avec l’ouverture du marché de l’électricité, c’est un peu plus complexe aujourd’hui avec les aspects “choix heures creuses/pleines”, c’est déjà quelque chose que nous faisons. Nous n’avons eu pour l’instant aucune demande de la part de nos clients.

Votre société consomme-t-elle vert ?
Nous sommes producteurs d’énergie mais nous avons une facture négative auprès d’EDF. Nous n’avons pas fait de démarches autres que celle de produire notre énergie.

Que pensez-vous du niveau de connaissance et de compréhension du marché de l’électricité des Français en général ?
Ce n’est pas très abouti et assez faible comme niveau de connaissance.

Quelles sont, selon vous, les principales problématiques qui freinent justement ce manque de connaissance et le passage à l’action dans le fait de s’engager dans la transition énergétique.
Je pense au manque de communication en général ou au trop-plein de communication de la part des sociétés non-sincères. Le démarchage téléphonique que subissent les particuliers au niveau des énergies renouvelables et sur le solaire photovoltaïque fait des dégâts sur l’appréhension et la vision de l’énergie solaire de la part des Français. D’autre part, toute cette mauvaise information qui se fait, toujours par démarchage téléphonique, mais également au niveau des médias et de la gestion politique sur l’autoconsommation de l’électricité photovoltaïque, laisse croire aux gens qu’ils vont mettre des panneaux et pouvoir consommer l’électricité en toute simplicité.

Des gens se sont fait arnaquer en pensant faire des économies. Ils se rendent compte que lorsque les capteurs fonctionnent, ils ne consomment presque rien à ce moment-là et donc n’économisent presque rien.

D’un point de vue personnel, avez-vous observé une évolution des mentalités en faveur des énergies renouvelables en France ?
Oui, d’une manière générale, cela évolue au même rythme que les mentalités face à l’écologie. Aujourd’hui, il y a un changement de regard ainsi que des faits qui sont reconnus par beaucoup de monde, notamment sur la nécessité de prendre en compte l’aspect écologique et environnemental. J’ai l’impression, globalement, que la plupart pense positif à ce sujet. Le changement de mentalité qui opère aujourd’hui n’a pas encore passé le cap de la généralisation. La notion de confiance et de faisabilité du 100 % renouvelable n’est pas encore bien intégrée à cause du choix du nucléaire. Un sujet qui était tabou il y a peu de temps mais qui commence à se développer.

Quelles sont les raisons qui ont poussé à vous engager professionnellement dans la transition énergétique ?
Au départ, c’était un pur hasard ! Depuis que je réfléchis à mon avenir professionnel, j’ai toujours voulu avoir un métier qui ait un sens et j’ai toujours voulu travailler dans le domaine de l’environnement. J’étais plus axée sur l’aspect déchets et c’est le premier stage de ma formation (ingénieur en génie des procédés de l’environnement) dans le domaine de l’énergie qui m’a fait changer d’avis de par la variété et l’enjeu du métier. 

Pourquoi ce choix de s’orienter vers le bâtiment ?
Car il y a des passoires énergétiques à tous les coins de rue et que c’est un enjeu très important pour moi, à la fois environnemental et social, de pouvoir avoir des bâtiments qui consomment beaucoup moins d’énergie. Et nous avons l’opportunité et tout ce qu’il faut en main pour le faire.